Antoine Aubinais, co-fondateur de Bellastock, ce spécialiste du réemploi.

ÉCLAIREUR

Antoine Aubinais, co-fondateur de Bellastock, ce spécialiste du réemploi.

 

 

 

Antoine Aubinais est l’un des architectes co-fondateurs de Bellastock, issu de l’école d’Architecture Paris-Belleville. Partie de l’initiative de trois étudiants en manque de pratique, Bellastock est aujourd’hui une association d’architecture expérimentale. Son ambition ? Développer un urbanisme et une architecture plus soutenables pour demain. Pour cela, Antoine Aubinais et ses collaborateurs ont développé plusieurs outils qui leur permettent à la fois d’expérimenter, de rechercher et de transmettre au grand public les alternatives pour une ville plus durable. Tout au long de l’année, l’ensemble de l’équipe cherche à valoriser les ressources territoriales en s’intéressant aux problématiques du réemploi. Chaque année, un festival collaboratif est organisé pour expérimenter et partager des savoirs sur un matériau en particulier.

 

Rencontre avec Antoine Aubinais, l’un des architectes à l’origine de cette initiative au concept bien particulier, aujourd’hui exportée à l’international !

 

Qui êtes-vous ?

 

Je suis Antoine Aubinais, architecte issu de l’école de Paris-Belleville. Mon histoire avec Bellastock débute à l’Ecole d’architecture de Paris Belleville, alors que nous étions étudiants. Nous étions en troisième année, et nous avions la bougeotte. Nous apprenions beaucoup pendant les cours, mais nous avions besoin de compléter par la pratique et l’expérimentation. Nous avons alors organisé un événement, où nous avons rassemblé une centaine de personnes, pour faire de la construction. C’était en 2006. Aujourd’hui, ce festival existe toujours et rassemble plus de 500 personnes chaque année.

 

L’aventure a commencé avec un besoin de pratique, puis s’est affirmée avec le développement d’un attrait certain pour la récup’. A l’origine, nous avons fait de la récupération par nécessité. Etudiants, nous avions peu de moyens mais envie de faire. L’opportunité est arrivée. En 2012, nous avons fait un festival sur l’île Saint-Denis. Nous avions eu l’autorisation d’utiliser les matériaux du hangar Printemps, situé à proximité. A partir des systèmes de tuyaux incendies du bâtiment, nous avions par exemple fabriqué de l’éclairage. C’est surtout à partir de ce projet que nous avons senti qu’il fallait aller plus loin. Aujourd’hui, la démarche est devenue une des activités principales de Bellastock. Nous expérimentons le réemploi des ressources et nous retranscrivons notre expérience et nos résultats au sein de travaux de recherche.

 

 

 

Comment explorez-vous la thématique du réemploi ?

 

Bellastock était assez précurseur sur ce sujet du réemploi. Aujourd’hui, le sujet commence à arriver dans plusieurs agences. Petit à petit. Au départ la question s’est posée dans le cadre de notre festival. La question était de savoir comment être économes, comment utiliser des matériaux pendant quatre jours pour la construction d’une ville éphémère sans avoir à les jeter à la fin. Nous voulions nous intégrer dans le cycle des matériaux en les récupérant, les utilisant puis en les réinjectant à la suite de l’événement dans un autre écosystème.

 

Quand nous avons travaillé à l’île Saint-Denis, nous avons eu la chance de suivre la déconstruction du hangar Printemps. Nous avons compris comment une démolition conventionnelle fonctionnait et nous avons essayé de réfléchir sur comment faire une déconstruction sélective, qui permette de récupérer des morceaux de bâtiments et de les réinjecter dans d’autres projets.

 

Aujourd’hui, il y a un autre élément fondamental à explorer : la manière dont on travaille sur les ressources et comment on limite notre impact lors de la réalisation des projets ? Cela passe par des logiques de recyclage, et de travail avec les ressources existantes sur notre territoire. Quand on arrive sur un territoire, on cherche d’abord à savoir comment on récupère les matériaux des constructions préexistantes et comment on les réutilise. On imagine aussi comment on pourrait construire à partir de la matière du sol par exemple. C’est exactement ce que nous avons expérimenté lors de notre dernier festival “La ville des Terres”, à travers lequel les terres de déblais étaient mises à l’honneur.

 

En parlant de ressources du territoire, nous pensons également à la mise en valeur des ressources que nous pourrions appeler “humaines”. C’est-à-dire qu’autour du territoire, il y a des associations, des entreprises, des artisan·e·s, des savoir-faire à mobiliser.

 

Cela se traduit par des projets où nous récupérons les matériaux d’un bâtiment déconstruit. Nous associons à cela des structures comme les régies de quartiers. Si nous travaillons sur la pierre, par exemple, nous faisons venir une artisane ou un artisan tailleur de pierre. Ce dernier va venir former les travailleuses et travailleurs de la régie ce qui leur permettra de monter en compétence. En ce sens, notre action est durable car si demain, le quartier d’à côté à besoin de subir la même intervention, la régie saura répondre au besoin, et former d’autres personnes. Voilà comment nous envisageons le réemploi aujourd’hui !

 

Quelles valeurs mettez-vous en avant au sein de vos projets ?

 

Ce qui est important pour Bellastock, c’est de sensibiliser tout le monde aux questions de la ville et de l’architecture. Nous pensons que nous ne pouvons pas faire d’architecture sans les personnes qui vont l’habiter, car ce sera leur quotidien ! Il est donc important que tous et toutes s’emparent de ces questions.

 

Pour cette raison, nos chantiers sont toujours ouverts. Cela signifie que n’importe quelle habitante ou n’importe quel habitant néophyte peut accéder aux informations. La barrière est automatiquement ouverte et l’ensemble des habitant·e·s peuvent entrer. Dans ce cas, nous arrêtons de travailler et leur expliquons ce qui est en train de se faire. En plus de permettre aux habitant·e·s de se saisir d’un sujet, cela contribue à l’évolution des mentalités autour du réemploi. Cette démarche ne relève pas uniquement des compétences scientifiques et techniques. Il y a une culture du réemploi à construire.

 

Pour cela, nous organisons également des cours pour les enfants. Sur ce même lieu où l’artisan·e va former des personnes à la taille de pierre par exemple, nous allons inviter des enfants à découvrir comment on revalorise une matière. C’est pour nous une manière de les initier et de les rendre plus sensibles à ces questions pour l’avenir.

 

Pourquoi la création de cette association et le développement de ces démarches étaient important·e·s ?

 

Hier, Bellastock, nous étions des étudiants qui partaient dans un champ pour faire des expériences. Aujourd’hui, Bellastock c’est une équipe de treize personnes, une vingtaine d’artisan·e·s, plus de 150 adhérent·e·s, et des événements relayés à l’international. Aujourd’hui, il y a un Bellastock à Bruxelles, au Québec, en Espagne, au Mexique ou encore au Chili !

 

Si vous nous aviez dit ça il y a dix ans, on n’y aurait pas cru. Donc Bellastock, c’était important parce qu’à l’époque, le cursus universitaire ne nous apportait pas assez. Et maintenant les choses ont changé.

 

On se rend compte que tout ce que nous avons essayé d’injecter porte ses fruits. Au début, nous avons foncé. Chaque année, nous lancions un nouveau sujet. Nous faisions des recherches, des conférences, etc. Nous relayions l’ensemble de ces contenus à tous et à toutes. Nous étions des boulimiques de l’information que nous mettions essentiellement à disposition des étudiantes et des étudiants. Au début, pas de retour. Aujourd’hui, ces étudiantes et étudiants qui n’étaient autre que nos collègues sont des professeurs et commencent à avoir des étudiant·e·s qui participent à des actions comme Bellastock. Ce qu’elles et ils observent c’est que ces étudiantes et ces étudiant·e·s sont plus débrouillard·e·s, que tous et toutes ont un meilleur esprit d’équipe et ramènent chacun et chacune des sujets beaucoup plus contemporains comme le réemploi ou la construction bois. Ce que nous ambitionnons surtout, c’est que l’ensemble de ces étudiant·e·s seront à la tête des agences d’architecture d’ici cinq à dix ans. A ce moment, notre travail encore invisible sera mis en lumière. Nous avons planté des petites graines qui vont germer, et feront éclore la pratique de la construction par le réemploi et la valorisation des ressources !

 

 

 

 

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