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Gilles Babinet: Le numérique va changer la façon dont fonctionne notre économie urbaine

 

Gilles Babinet, le digital champion de l'europe
Crédits photo : https://www.weezevent.com/soiree-de-lancement-du-livre-de-gilles-babinet-du-mooc-transformation-digitale

 

Le XXIe siècle accueille le numérique, comme le siècle dernier intégrait la mécanisation à nos modes de vie. Prouesse technique du siècle naissant, ces évolutions ont en commun de faciliter nos activités mais aussi, comme toute nouvelle inconnue, de faire peur. Que ce soit dans les entreprises, dans les villes ou dans nos intérieurs, le numérique s’invite partout. Aujourd’hui pourtant, comme pour toutes les révolutions antérieures, il reste des sceptiques.

Depuis le 25 juin 2012, Gilles Babinet est le digital champion de la France auprès de la Commission européenne. Fervent défenseur des bienfaits du numérique dans nos sociétés, il a également été nommé premier président du Conseil national du numérique en 2011. Sa mission ? Décrypter les possibilités du numérique auprès des politiques et du grand public. Il s’agit alors de faire comprendre à tous que le numérique est une réelle chance. Pour qu’il le devienne, il est important de prendre les devants pour optimiser son potentiel et anticiper les dérives qui préoccupent les sceptiques. Voilà le rôle du digital champion !

Des enjeux politiques, économiques et de société que le multi-entrepreneur maîtrise. En 1989, alors qu’il n’a que 22 ans, Gilles Babinet fonde sa première société spécialisée dans les travaux électriques en hauteur, Escalade Industrie. Depuis, il en a créé huit autres spécialisées dans la logistique urbaine, le high-tech, le digital, ou encore le numérique… Des entreprises toutes aussi florissantes les unes que les autres et qui lui ont apporté une expérience diversifiée et adaptée au rôle de digital champion. Il est donc aujourd’hui le mieux placé pour appréhender  le rôle et l’impact du développement numérique dans notre quotidien à l’échelle de la France, comme à celle de l’Europe.

 

Vous êtes le digital champion de la France auprès de la Commission européenne, pouvez-vous nous expliquer concrètement en quoi consistent vos missions ?

 

Il s’agit principalement d’une mission de concertation qui vise à réfléchir sur le futur de la stratégie de l’Europe digitale, au delà de l’Agenda 2020. Incidemment, il peut arriver que les directions de la Commission me demandent de réfléchir sur des sujets précis, en dehors du spectre de la DG Connect.(ndlr : DG CONNECT est le service en charge du numérique au sein de la Commission européenne. Il soutient le développement et l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) au bénéfice de tous les citoyens européens.)

 

En quoi pensez-vous que la promotion du numérique est une plus-value pour nos sociétés que ce soit à l’échelle nationale, ou à l’échelle européenne ? 

Il ne fait aucun doute que le numérique est en train de bouleverser tous les secteurs, y compris ceux qui se pensaient à l’abri de cette vague très transversale. Il est donc important que l’ensemble de la société prenne conscience de son impact. Cela est d’autant plus important que le numérique peut être subi ou au contraire, peut initier des bénéfices économiques, sociaux et humains très significatifs.

 

Quels enjeux majeurs l’Europe se fixe dans le développement du numérique ?

L’Europe est en plein paradoxe à l’égard du numérique. D’un coté, il s’agit de la zone économique disposant du meilleur capital humain et du plus homogène, de l’autre c’est un continent qui peine à bénéficier pleinement de la révolution digitale. Les deux grands pays champions, Chine et Etats-Unis ont une cohérence dans leurs actions – et il faut l’avouer un portage politique – qui leur a largement permis d’émerger au cours des vingt dernières années.

 

Le manque d’intégration européenne, les logiques parfois dispersées des stratégies des états membres compliquent l’émergence de l’Europe du numérique. Pour autant, jamais la Commission n’a posé une stratégie aussi claire et eu un discours aussi volontariste.

 

Quel est le pays exemplaire dans la marche à suivre pour le développement numérique en Europe ? 

Je n’aime pas répondre à cette question car cela varie en fonction des domaines et cela bouge beaucoup d’une décennie à l’autre. Ainsi la France était dernière en matière d’accès au haut débit en 1999, pour se retrouver 1ère en 2005. Le pays qui truste le classement pour l’instant est le Danemark.

 

Le numérique ne pourrait-il pas constituer un facteur supplémentaire d’inégalités et de fragmentation sociale ?

C’est un point qui mériterait un long développement car oui et non. Mais il me semble que les politiques publiques mises en place visent justement à favoriser la mobilité sociale grâce au numérique. Il en est notamment ainsi de l’Agence Erasmus qui en fait une priorité.

 

Comment démocratiser cet accès ? Comment éviter les effets pervers de cette technologie ?

Il faudrait agir à tous les niveaux : au niveau de la concurrence pour éviter les distorsions fiscales permises par la virtualisation, en évitant les concentrations les plus dangereuses.

 

En ce qui concerne les problématiques liées à l’urbain, comment le numérique peut combler nos lacunes et résoudre des problèmes tel·le·s que le manque de logements ou encore l’inefficacité des transports ? Comment le numérique pourrait changer notre manière d’habiter ? 

L’exemple de Airbnb est très parlant. En optimisant les infrastructures d’habitation, cette plateforme (et ses équivalents) permet d’accroître sensiblement l’efficacité des capitaux liés à l’immobilier. A l’échelle d’un continent, c’est très significatif. Blablacar fait autant qu’une ligne (dense) de TGV. Tout cela est encore assez anecdotique mais va changer la façon dont fonctionne notre économie. L’enjeu est d’amplifier cela par une régulation adaptée, tout en évitant les écueils, comme l’évasion fiscale, le non respect des normes de sécurité, etc.

Comment imaginez-vous que le numérique puisse répondre aux enjeux tels que le besoin de cohésion et de mixité sociale ?

Il y a beaucoup d’histoires assez exemplaires de jeunes issu·e·s de milieux défavorisés qui ont connu une ascension sociale très forte grâce au numérique. Dans la mesure où il est désormais possible de distribuer des connaissances et des techniques à coût marginal, il faut à présent réfléchir à quelque chose qui soit plus systémique et plus accessible encore. C’est d’ailleurs l’objet du programme Digital skills and job coalition.

 

 

 

 

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