Nicolas Bonnenfant, co-fondateur de Coloco, précurseur de la démocratie participative !

ÉCLAIREUR

Nicolas Bonnenfant, co-fondateur de Coloco, précurseur de la démocratie participative !

 

Coloco, c’est une agence de paysagistes, d’urbanistes, de botanistes, de jardinier·e·s et d’artistes. Coloco, c’est surtout la co-conception, la co-construction, la collaboration, la coaction… Tout ce qui a trait au faire ensemble. Coloco, c’est aussi l’histoire de trois acolytes qui se rencontrent à l’école d’architecture de Paris Villemin, il y a 20 ans. Après plusieurs voyages et travaux de recherche, Nicolas Bonnenfant et les frères Miguel et Pablo Georgieff décident naturellement de s’associer, en France, et de montrer qu’il est possible de faire, mais surtout de faire ensemble, à une époque où habitant·e·s et décideur·euse·s se tournaient le dos.

 

Rencontre avec Nicolas Bonnenfant, ce précurseur de la démocratie participative, au service de l’embellissement des villes et du mieux vivre ensemble.

 

 

D’où venez-vous ?

 

A l’origine, je suis jardinier. Quand je suis entré en école d’architecture, c’était uniquement pour devenir paysagiste. Et puis, je me suis pris au jeu de la construction et j’ai fait l’ensemble du cursus d’architecture et d’urbanisme. Je me disais que je terminerai mon parcours en faisant du paysage.

 

En parallèle, j’ai rencontré Gilles Clément, le génie du paysage. Nous avons travaillé ensemble et par cette expérience enrichissante, ça n‘avait plus de sens que j’intègre un cursus en paysage. J’ai alors décidé de créer une agence de paysage. Avec mes deux associés d’origine argentine, les frères Miguel et Pablo Georgieff, nous avions l’Amérique latine en commun. Peut-être pour cette raison, nous y avons beaucoup travaillé. J’ai terminé mes études à Cuba, nous avons fait pas mal de projets en Colombie et au Brésil.

 

Nous avons commencé par des travaux de recherche financés par “L’envers des villes”, un programme issu de l’Institut Français d’Action Artistique. Nous avons commencé avec “habiter les squelettes”. L’objectif était de comprendre comment on fabrique de l’habitat dans différents pays, en analysant plus particulièrement les structures des bâtiments abandonnés par la crise ou les conflits. A la fin des années 90, nous nous sommes intéressés aux “jardins aériens”. Il y avait une vague de verdissement de la ville que nous avons suivie et qui nous a menés en Colombie, en Inde et surtout à Singapour. Nous observions toutes les techniques de végétalisation hors-sol. Cela a orienté notre pratique sur le développement de l’agriculture verticalisée. Ce sont deux expériences qui nous guident encore souvent dans la réalisation de nos projets actuels.

 

Pourquoi Coloco ?

 

Je ne sais pas vraiment pourquoi nous avons choisi “Coloco”. Nous trouvions que ça sonnait bien, et surtout, cela reflétait l’idée du collectif, de co-concevoir, de co-construire, de collaborer. Nous faisions de l’invitation à l’œuvre plutôt que de la maîtrise d’œuvre à travers nos projets. Cela reflète la conception que nous avons toujours eue de notre travail.

 

En effet, à travers notre expérience, nous avons choisi d’adopter une autre vision de la maîtrise d’œuvre. Habituellement, les architectes ou les paysagistes donnent des ordres. Nous, nous voulions passer à l’action. Nous ne voulions pas être donneurs d’ordre, mais inviter à l’œuvre pour co-construire le paysage avec les habitantes et habitants. C’est encore dans cette logique que nous sommes actuellement en train de rejardiner l’ensemble de la ville de Courbevoie, petit à petit. Nous transformons les rues en jardin, avec les personnes qui y vivent.

 

Vous travaillez essentiellement sur le paysage, pourquoi est-il important d’avoir de la nature en ville ?

 

Bien évidemment, la nature en ville est importante pour le “service écosystémique”. C’est-à-dire la pollution, les îlots de chaleur, la perméabilisation des sols, etc. Pour toutes ces choses qui font que la ville fonctionnera mieux et sera plus agréable pour tous. La nature en ville, c’est apaisant, c’est esthétiquement agréable, cela absorbe les bruits et cela permet de créer des espaces de rencontre.

 

Nous, Coloco, implantons la nature en ville, car nous sommes intéressé·e·s par les espaces d’interactions qu’ils sous-tendent. Nous suscitons des espaces où émergent et se reconfigurent des interactions sociales.

Quand on met en place certains potagers en permaculture en plein cœur de Paris, nous savons bien souvent que personne ne viendra récolter. Pourtant, c’est symboliquement important de le faire. Cela montre que l’on peut avoir une grande production en ville. Cela prouve aussi que l’on peut faire, mais surtout faire autrement.

 

Faire un potager en plein cœur de Paris pour planter des produits qui viennent d’on ne sait pas où en hors sol pour les vendre à bas prix, je n’appelle pas ça de la résilience. Pourtant, le faire permet de démocratiser et de montrer l’exemple. Or, on sait que Paris est capitale d’influence. Donc mettre des potagers dans Paris, cela ne changera pas la réalité de l’économie parisienne, mais cela changera le monde par les aspects pédagogiques et la valeur d’exemple que cela impulse. Par exemple, nous avons réalisé une champignonnière à Bagnolet. Le but était de sur-produire, pour que les gens qui participaient à la coopérative se retrouvent avec trop de champignons, de manière à ce que ceux-ci soient distribués. Cela montre que c’est possible, que cela fonctionne quand on fait et que cela fonctionne encore mieux quand on fait ensemble.

 

Ce qui nous intéresse, c’est que les gens soient conscients et capables d’être acteurs et actrices de la transition et non spectateurs et spectatrices ou attentistes. Nous fabriquons l’espace public en montrant que les choses sont possibles, différemment, avec les habitantes, les habitants, les quartiers, les services techniques. Je pense que pour reconfigurer la société, il faut agir sur son environnement direct. Nos projets tendent à montrer que c’est possible.

 

Depuis la création de Coloco, en 1999, quelles évolutions avez-vous pu observer au sein de notre société ?

 

En novembre prochain, cela fera 20 ans que je serai diplômé en architecture. J’observe que faire du collaboratif et du paysage est de plus en plus facile. A force de travail, nous avons démontré que les choses étaient possibles.

 

Il y a 20 ans, le paysage n’était pas encore aussi important. Aujourd’hui, il y a une espèce de “greenwashing” systématique : façades vertes, jardins partagés, toitures mises en agriculture.

 

Il y a 20 ans, nous n’étions que quelques-unes et quelques-uns à faire du participatif : “Bruits de Frigo” à Bordeaux, le collectif “EXYZT” aussi est arrivé en 2003, en Espagne et en Allemagne plusieurs collectifs se constituaient également. Au début, nous étions des ovni. Nous avons perdus beaucoup de projets parce que dès le début, nous imposions une phase de participation. Il y a donc eu celles et ceux qui n’en voulaient pas, qui ont rejetés nos propositions. Et puis il y a eu les audacieuses et les audacieux, comme à Montpellier. Celles et ceux qui ont voulu essayer et qui nous ont permis de prouver la faisabilité, la pertinence économique de cette démarche. Aujourd’hui, on en est à la troisième génération. Entre deux, on a eu la vague Bellastock. Nous sommes aujourd’hui appuyé·e·s par une cohorte d’étudiantes et d’étudiants, qui croient en nos valeurs et en notre mode d’action et qui prennent le relais. Aujourd’hui surtout, la co-construction commence à être inclue dans les appels d’offres.

 

Il y a 20 ans, la volonté de participation des habitantes et habitants préexistait mais ne s’exprimait pas. Cela paraissait impossible aux gens de faire ! Tout était tellement cloisonné ! Aujourd’hui, nous sommes passé·e·s d’une situation où “les gens demandent” à un mécanisme où “les gens l’ont fait” !

 

 

 

 

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